La Francophonie

La francophonie, c’est une bonne maladie, elle est contagieuse, propagée par un virus tenace, soit transmis par les géniteurs, plutôt féminins d’ailleurs, d’où le terme de langue maternelle, soit attrapé sur place dans les régions où le germe sévit. Elle se transmet essentiellement par contact, il n’y a ni vaccin ni contraception...

D’autres vous diront qu’il ne s’agit pas d’une maladie endémique mais d’une drogue pour laquelle il n’existe pas, là non plus, et heureusement, de cure de désintoxication.
Les malades ne souffrent pas vraiment, les symptômes vont de l’engouement à la béatitude. Tous, hommes ou femmes, en redemandent...L’origine du foyer se situe en Gaulle où elle a pris naissance, mais pas sous sa forme actuelle, elle a évolué, phénomène classique observé chez ce type de maladie qui s’adapte. (...)

La région gallo-romaine du nord de la France actuelle parlait la langue d’oil, un dialecte ainsi nommé parce que les gens disaient hoc ille, expression latine en deux mots qui signifie OK, mais prononcé oil. Les habitants du sud parlaient la langue d’oc, un dialecte latin, désigné ainsi parce que tiré du mot latin hoc, qui veut dire aussi OK. Les Américains n’ont rien inventé. Finalement la langue d’oil l’a remporté sur la langue d’oc dite langue occitane. (...) Et si les Marseillais avaient triomphé des Parisiens, pour un peu, nous ne célébrerions pas la francophonie, mais l’occitanophonie. Eh Peuchère!
La langue française, c’est le germe de la francophonie. Portée par l’histoire, tel le pollen, elle a essaimé sur les terres du monde. Les efforts n’ont pas manqué pour l’éradiquer hors de France, grandeurs et misères se sont succédé mais la volonté, l’attachement à la langue ont été les plus forts et la riche et ô combien belle langue française triomphe aux quatre coins du globe, qui est rond, comme chacun sait.

Tout le monde parle du Darwinisme et de l’évolution des espèces, homme compris, mais personne ne nous parle de l’évolution des langues. Au départ du virus, il y a une souche mère qui se développe et évolue en s’adaptant et voilà que ressort la même question lancinante: Où parle-t-on le vrai français, le bon français, le français pur? Et la dispute éclate: Chez nous, pardi, s’exclame-t-on du Québec à Tahiti, du Cameroun aux Antilles, de Lausanne à Sion. 

Commençons par l’accent. Il m’arrive souvent de parler avec des Québecois, de la région nord, la Gaspésie, et qui se plaignent de ne rien comprendre à ce que je dis à cause de mon accent épouvantable. Eux, ils ont conservé l’accent des paysans picards et normands, tels qu’on le parle encore chez nous dans les fermes isolées. Louis XIV parlait comme eux, avec un fort accent nasillard. Est-ce le Québecois qui parle le vrai français ou moi? Qui a un accent? Lui ou moi? Lui, il a casé son char au 2ème parquet. Moi: j’ai garé ma caisse, ma bagnole, ma tire au deuxième niveau. Le Vaudois me dira ça joue, moi je dirai: ça baigne, il dit sans autre, moi: laisse tomber, il dit comme que comme, moi: boof. Les Romands disent septante, huitante, nonante, les Belges ottante. Logique, non? Puisqu’on dit bien trente, quarante, cinquante, soixante. Les Genevois disent quatre-vingt. Pourquoi le français que je suis compte brusquement comme au Moyen-Age où l’on comptait par dix et vingt? Quatre-vingt-quinze, c’est quatre fois vingt plus dix plus cinq. Facile, non? Saint Louis qui construisit à Paris l’hôpital des Quinze-vingt, qui existe toujours sous ce nom, devait prendre à chaque fois sa calculette pour savoir combien de lits il avait financés. Il n’avait qu’à dire trois-cents.

Quand j’écoute des Africains, qu’ils soient français vivant en France ou d’Afrique francophone, je suis toujours profondément étonné par la pureté de leur langue et la qualité de leur grammaire et me dis qu’ils devraient, eux, nous réapprendre le français.
Alors, le bon français? A Dakar? Au Québec? À Morges? En banlieue parisienne? Chez les Chtis? (...)

Le français n’est pas la propriété des Français. C’est une langue en partage, un lien, un ciment. Elle s’épanouit et nous subjugue par sa qualité, sa diversité. 
En célébrant la francophonie nous démontrons cette vitalité, ce foisonnement, et avec ou sans accent, nous sommes fiers et heureux de faire partie de cette grande famille.
Merci aux organisateurs de cette semaine et vive la langue et la culture francophone!


Patrick Cantor
 

 

 

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