Le français face à l’attaque anglaise

  Lorsque les Tombs** parlent de la “Sweet Enemy” – de la rivalité, même des conflits armés entre les deux pays jusqu’au début du XIXe siècle, on s’imagine les Français rangés contre les Anglais, des armées, des bâtiments de guerre . . . Mais la rivalité d’aujourd’hui n’est pas là. Aujourd’hui, c’est le français (“f” minuscule) contre l’anglais; il s’agit de la langue française qui se voit obligée de lutter contre les forces anglophones pour survivre. On aurait pu dire que la lutte pour protéger le français date de très longtemps – précisément de 1549 – mais en fait, Du Bellay, dans sa Défense et illustration de la langue française livrait une bataille totalement différente.

Pourquoi cette lutte? 

Au XIXe le français était une langue des plus importantes : langue des relations étrangères, des cours de l’Europe, de la diplomatie. Grâce à la colonisation, la francophonie s’étendait du Québec jusqu’à l’Orient en passant par l’Afrique. 

Malheureusement pour la langue française, depuis la fin de la guerre de '39, le monde n’est plus le même. En ce qui concerne le déclin du français, on pourrait citer trois causes primordiales:

- le soutien, l’influence, l’argent des Américains – anglophones même s'ils ne parlent pas tout à fait le langage des Anglais - pendant et après la guerre.
- la décolonisation
- la révolution technologique : Internet et la communication rapide, télévision

Malgré les résistances politiques et autres en France, on voit l’influence américaine un peu partout et par conséquent une pression anglophone sur la langue française – surtout au niveau du vocabulaire. En même temps, les anciennes colonies qui ont le français pour langue officielle se voient forcées d’utiliser l’anglais de préférence, dans le commerce p.ex., pour des raisons pragmatiques aussi bien que politiques.

Comme c’est un anglophone (Sir) Tim Berners-Lee qui a inventé Internet, la communication mondiale s`est établie principalement en anglais.

Que faire? 

Est-il possible de bloquer simplement l’influence d’une langue étrangère? Certainement pas. Hitler a quasiment réussi pendant les années '30 en supprimant tous les mots qui n’étaient pas “echt” (authentiques, de racine ayrian); les Allemands de l’Est pendant la guerre froide ont barré les anglicismes adoptés par la RFA, en faveur de soviétismes. Mais s`ils ont réussi, c`est uniquement parce que ces régimes étaient des dictatures avec un peuple et une presse complètement sous leur contrôle.

Il va sans dire que dans une démocratie jouissant en principe de la liberté d’expression et de médias, c’est au peuple, certes sous la pression de toutes sortes d’influences externes, que revient le choix définitif du vocabulaire . La politique des Présidents, depuis de Gaulle jusqu’à Sarkozy, a été d’encourager la défense de la langue, mais sans résultats positifs évidents; l’influence de l’Académie Française est minime ; l’argument de Jacques Attali pour le français comme langue officielle de l’Europe à la place de l’anglais est peu réaliste, fantaisiste même.

Bref, tout linguiste objectif dirait que le français va continuer d’être
influencé par l’anglais et accepterait ces changements sans jugements de valeur 

Après tout, le français est une langue vivante dotée d'une riche histoire et d'une littérature unique, toutes les deux archivées et intouchables. Lorsqu’on parle de ces “changements” de langue, il s’agit presqu’exclusivement du lexis, du vocabulaire. Sur le plan positif, on pourrait considérer l’acquisition de tels néologismes comme enrichissement plutôt que le contraire.

En fait, la vraie menace pour la langue “traditionnelle” française n’est pas du tout là, elle n’est pas, non plus, dans le vocabulaire “emprunté” aux pays anglophones : elle est plutôt dans les raccourcis du nouveau langage abrégé des communications sur ordinateurs et téléphones portables, ainsi que dans le langage des Français issus de l’immigration qui n’ont pas forcément perdu l’influence de leur français d’outre-mer.

Dtf ama C kkchz de grv 
(“De toute façon, à mon avis c’est quelque chose de grave”  - langage SMS)

Le français va certainement survivre comme langue, aucun doute là-dessus, mais on peut se demander (et cela vaut également pour l’anglais) à quoi il va ressembler dans les années à venir.

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**auteurs de The Sweet Enemy - histoire des rapports anglo-français depuis la règne du  Roi Soleil.



Brian Palmer



 

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